Création sonore
Création écrite
La plaine immense s’étendait à l’infini en une multitude de courbes discrètes. Les sillons de la terre dessinaient des tracés qui traversaient le sol de part en part, comme les lignes d’un tissu étiré. L’humidité du soir tombait lentement sur la terre encore chaude, rafraîchissant l’herbe d’où s’élevait une douce odeur singulière.
Le ciel était immense, s’ouvrant au-dessus du monde et passant d’un cobalt profond à un bleu clair avant de se parer d’or, de rouge et d’orange. Elles discutaient, ces couleurs. Se tutoyaient. Se mêlaient, passant d’une teinte à l’autre dans un mouvement fluide et incessant.
Mais ce qui retenait l’attention était cette ligne d’horizon qui coupait ce paysage aussi nettement qu’une lame. Cette ligne, si proche et pourtant si loin : il semblait que tendre la main soit suffisant pour s’en saisir, et pourtant, elle restait hors de portée. Quelques pas encore, mais elle persistait à s’éloigner. Frustration. Fascination. C’était ce qu’inspirait cette frontière fragile entre deux univers. Elle était forte pourtant, cette ligne. Comme une colonne soutenant le monde, elle portait le ciel au-dessus d’elle et toutes
les couleurs qu’il contenait. Ce ciel était lourd, chargé d’éclats et de teintes mouvantes. Il se déployait lentement, étendant ses ailes au-dessus de la terre, immense et silencieux. Il était chanceux, car il était le seul à rencontrer cette ligne.
Tandis que le jour déclinait et que les dernières couleurs s’embrassaient dans l’ombre du soir, de nouvelles lumières s’éveillèrent timidement. Les étoiles n’étaient pas encore tout à fait là : elles étaient de l’autre côté de la porte, se contentant de toquer, de discuter,
surveillées par cette ligne qui ne les laisserait rentrer que lorsque toutes les couleurs se seraient mises d’accord pour un bleu sombre et insondable.
Cette ligne, toujours présente, qui divisait le haut et le bas, rassemblait tous ceux qui se trouvaient sur son passage : elle traversait les continents, effleurait des océans, atteignait le sommet des montagnes, caressait les forêts et les déserts, parcourait les villes et les campagnes, et unifiait un monde qui en contenait mille. Des rivières de lumière
semblaient s’y jeter, des vents d’or et de rouge ondulaient le long de ses contours,
emportant avec eux les effluves des terres lointaines.
Partout où elle passait, les regards se posaient sur elle, chacun à sa manière. Ainsi, elle était douce pour certains, tranchante pour d’autres. Les couleurs des terres et des visages, les gestes et les habitudes, les langues et les chants, multiples et authentiques, se mêlaient comme dans un vaste tissu en mouvement, grâce à cette ligne qui les reliait tous. Et pourtant, au-dessus de tant de diversité et de richesse, elle restait une et unique,
commune à tous et différente à chacun.
Et dans cet espace suspendu, quelque chose se mit à vibrer : de fins filaments dorés, tissés à partir de lignes de cœur. Ils serpentaient, se croisaient, se rencontraient et puis s’éloignaient à la manière d’une valse lente et intrigante. L’un était de fascination, l’autre
de vertige face à cette immensité à jamais inatteignable et pourtant si tangible. Un
troisième ondulait. Il était plus lumineux, chargé d’un émerveillement calme, celui de pouvoir regarder si loin, de voir le monde s’ouvrir et se déverser dans l’éternel.
Ces filaments ne disparaissaient pas avec la nuit. Ils restaient là, invisibles peut-être,
mais persistants. Des années plus tard, ils réapparurent au détour d’une route, derrière la vitre d’une voiture, lorsque le regard cherchait instinctivement cette frontière, ce repère, cette ligne lointaine. L’horizon était devenu un pilier immuable sur lequel s’appuyait l’infini. Celui qui prenait la relève du soleil en attendant le réveil de la lune, et qui semblait disparaître dans une mer d’encre ou de nuages, lorsque les deux astres étaient à leur place. Toujours là, toujours fuyant, elle promettait l’infini, rappelant constamment la petitesse de la vie et la fragilité du temps. Et chaque fois qu’elle réapparaissait, cette ligne au loin, les filaments se remettaient à vibrer, rappelant que le monde est vaste et que l’horizon recule toujours d’un pas face à celui qui trouve le courage d’avancer.
Dal Zotto Quitterie
